Saveur d’Automne

Un soir de plus sous la houle du temps qui ne passe pas 
Je suis là, planté seul, attendant quoi déjà ? 
Il est tard mais si tôt, il me tarde d’aussitôt 
Me rappeler pourquoi diable suis-je en train d’fumer ma énième clope de la soirée ? 
Quand j’entends un sifflement familier 
La tonalité de la théière annonçant mon thé 
Me semble tout à coup être l’exact opposé 
D’un réveil qui sonnerait 2h seulement après mon coucher 
Je le sers et l’odeur s’échappant de la fumée 
M’emporte alors bien loin de ma réalité 
J’humecte et savoure 
Ce moment de grâce 
Son ivresse me rend sourd 
Je lui cède ma place 
Moi qui suis d’ordinaire si friand de l’automne 
Cette année il me tarde que l’hiver sonne 
La pluie, le froid et les feuilles ne me dérangent pas 
Ton absence en revanche, elle, ne passe pas 

Un soir de plus sous la houle du temps qui ne passe pas 
Je relis alors Baudelaire relié aux couleurs sépias 
Les bougies illuminent ce qu’il reste de mes pensées 
Quand les fleurs du mal me dévorent pour se remplir la panse 
Et je me perds dans le dédale des allées de mes aléas 
Conscient qu’il me faut aller au bout de ce qu’elles me renvoient 
J’hésite entre harmonie du soir et fontaine de sang 
Choisir l’harmonie de l’harmonica ou des violons lents 
Je bois mon thé déconcerté au concerto de mes idées 
Sentir sa saveur me soulage, enivré 
Je jette un œil par la fenêtre, la nuit est sombre 
Tombée à 17h sur l’été porte une ombre 
Je ferme mon livre et entreprends d’écouter Miles Davis 
Sa trompette et ses différentes version d’Autumn Leaves 
Les accords et les riffs s’enchainent, m’emmènent dans leur mystère 
Je m’y plonge abondement, tentant de trouver mes repères 

Un soir enfin qui prend fin, écume mon vague à l’âme 
Quand le one drop du reggae m’emmène voguer là-haut 
Je savoure alors sans faim la basse des fonds de cales 
L’ancre peut être ainsi jetée en paix au bout de mon stylo 
Le crépuscule est déjà loin dans ce mois de décembre 
Et sur la nuit la lune rège à la chute de flocons de cendres 
Alors je remets mes morts et me remémore 
Quelques mots d’une si belle plume que je vous ressors 
« Celui dont les pensées comme des alouettes 
Vers les cieux le matin prennent un libre essor 
Qui plane sur la vie et comprends sans effort 
Le langage des fleurs et des choses muette » 
Enfin comment pouvais-je finir 
Sans dire que l’hiver vient ? 
Avec lui des dragons et des mecs au teint pâles, pleins ! 
Le chanvre, la réglisse et la menthe 
Parfument ainsi mes toits 
Dans ma chambre se glisse une chaleur 
En revanche mon thé est froid

Ilyr