L’Albatros Toxicomane

Par-delà les monts, les collines et les dunes 
Se dessine une silhouette pourfendant la lune 
Ses yeux rouges sang rugissant 
Qu’il est cet albatros toxicomane au demeurant 
De loin je l’aperçois, il n’appartient à personne 
Fébrile dans sa percée il poursuit sans que son glas sonne 
Il est la genèse des mythes draconiens et dragués 
Pas tant pour son envergure que pour son souffle de fumée 
Mais l’albatros se mue derrière un paradoxe, un complexe 
Ses ailes équinoxiales incapables de remplir la fonction qu’elles exercent 
Font monter l’addition dans cette exécrable addiction 
Mais le toxicomane s’en moque loin de demander pardon 
Tant qu’il plane au-dessus des lacs il est démané pardi 
Car l’enfer, c’est les autres, mais le paradis aussi 

Majestueux et imposant, cet albatros me hante 
Vêtu d’un plumage blanc aux ailes scintillantes 
Je le sens parcourir mes monts, mes collines et mes dunes 
Au travers de mon organisme, il sévit et dépose sa plume 
Je la récupère toujours et assume ainsi mes travers 
Traversant mes traboules adossé à mon traversin 
Un soir d’averse envers le temps il me permet d’écrire ces vers 
Je persévère sans perdre les miens et me réfugie en son sein 
Je lui voue une relation passionnelle ainsi qu’à son plumage 
Sur lequel mon crayon martèle, il est ma feuille blanche 
Ses ailes s’épanchent et moi je m’en sers de page 
Traduisant ma vacuité devant ce que l’avenir enclenche 
Ce vieil ami est venu me rencontrer un soir comparable à janvier 
Depuis je m’envole avec lui, planer au-dessus des lacs et des autres
                qu’auparavant j’enviais

Parfois il se repose
avec mon cœur pour perchoir
Alors d’un coup ma prose
N’est plus qu’immense nonchaloir

Et je pleure, gerbes de sang
Dans ce désert de mots-vivants
Jusqu’à ce que son envergure
                Frôle l’azur
Des océans

Alors d’un stylo sûr
                Littérature
Pour seul présent

Ilyr