La Poésie du Ciment

Je sors ma plume et la trempe dans l’encre de mes pensées
La seule à avoir su guérir les blessures que les miens n’ont pu panser
Au travers de mes faiblesses, de mes promesses en l’air
J’allume mon marroco : Mon pote de bédo c’est Baudelaire
Quand sa plume se balade au travers de mon squelette
Basiquement résonnent les basses, les seules à la rendre muette
Beaucoup d’auteurs parlent de leur plume, la décrivent légère et louable
Moi la mienne est grave, elle écrit gros en gras et mal
Car ma plume reflète mes angoisses, mes craintes, mes doutes et mes peurs
La seule à pouvoir réellement canaliser la source de mes pleurs
Je l’apprécie c’est sûr mais il ne faut pas se le cacher
Elle a son p’tit caractère et d’temps en temps s’plait à gueuler
Un côté drôlement naïf n’aimant pas le monde qui l’entoure
N’étant pas d’ce siècle, criant jusqu’à me rendre sourd
Au travers des volutes de ma clope elle vole de la volupté à la volée
Va falloir t’accrocher si jamais tu veux la plumer

Je doute je pense donc je suis, peut-être
Mais tout le monde se voit comme le héros d’sa propre vie c’est bête
Peu m’importe d’avoir la flamme ou les raisons de ses rayons
Tant qu’j’peux caresser un p’tit bout d’âme de la pointe de mon crayon
Sans doute ma catharsis finira par m’ébouillanter
Vivant ou décédé et cela même si je n’écris rien
Mégalomane égocentrique as-tu toi aussi remarqué
Qu’les écrivains écrivent surtout des histoires sur les écrivains
Je crie en vain, comme une bouteille à la mer
Et c’est souvent que mes poèmes ont de vieux relans de merde
Mais ça m’convient, le monde n’a pas besoin de moi
Je lui rends bien, je gronde dans le silence de l’entre soi
On gratte quand même la poésie car le poète par essence
N’est pas l’auteur en lui-même mais la confrontation de ces sens
Entre ce qu’il est, ce qu’il aimerait être et ce qu’il a peur de devenir
C’qui fait qu’l’art survit aux hommes. Et qu’on puisse s’en souvenir

Qu’ce soit Aznavour, NTM, Maupassant ou Verlaine
Tous sont animés par leurs mots, passés ou présents, qu’ils assènent
C’est peut être ça la poésie : Capter le moment et l’histoire
Le ressentir puis retranscrire c’que l’imaginaire ne sait voir
Et on transpire ! Entre acoustique, éthique et sticks
Mais en coulisses des voix s’élèvent pour le retour aux classiques
Le Rap attend son graal comme un messie, il ne le cherche pas
Mais jette un coup d’œil derrière lui, espérant voir ses pas
L’émergence de sa sépulture a créé des émules
Recousant les points d’sutures d’un Rap aux drôles d’allures
Un narrateur sans auditoire ou un rappeur sans ses ratures
Je crois bien que cet art oratoire fait avancer la culture
Et s’il est morcelé ce morceau là
C’est qu’nos âmes harcelées se fixent et s’amorcent là
Et même si le siècle s’annonce difficile, je m’impatiente
Que les pousses deviennent cimes sur la poésie du ciment

Ilyr